Enseigner, tenir la classe, faire grandir : jusqu’où va le rôle de l’enseignant ?
On demande aux enseignants d’enseigner.
Mais aussi de tenir une classe, gérer les tensions, repérer les fragilités, motiver et rassurer, dialoguer avec les familles et faire progresser des élèves très différents.
À force d’élargir le rôle du professeur, une question s’impose : jusqu’où va aujourd’hui le rôle de l’enseignant, et de quoi a-t-il besoin pour l’exercer pleinement ? Pour y répondre, allons voir directement dans une classe. Dans les écoles Espérance banlieues, cette réflexion s’incarne dans une posture : celle du professeur-éducateur.

Que disent les chiffres sur le métier d’enseignant ?
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9 enseignants sur 10 déclarent se sentir souvent heureux lorsqu’ils enseignent.
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8 sur 10 disent que leur travail leur donne globalement satisfaction.
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Pourtant, seuls 4 % estiment que leur métier est valorisé dans la société – soit le taux le plus bas observé dans les comparaisons internationales de TALIS 2024*.
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34 % des enseignants ne choisiraient pas à nouveau ce métier si c’était à refaire, à l’école élémentaire comme au collège. Cette part a augmenté de 10 points dans le premier degré et de 8 points au collège depuis 2018.
C’est un paradoxe : les enseignants aiment encore enseigner, mais il semble que les conditions d’exercice peuvent user. Une tension qui interroge directement le sens du métier d’enseignant et les moyens dont ils disposent pour tenir dans la durée.
*TALIS (Teaching and Learning International Survey) est l’enquête internationale de l’OCDE sur les conditions de travail, les pratiques et la perception du métier des enseignants.
Quel rôle joue un enseignant en dehors de la transmission des savoirs ?
PISA 2025 objective ce qui peut sembler une évidence : dans la quasi-totalité des pays étudiés, les élèves qui se sentent davantage soutenus par leurs enseignants déclarent des attitudes plus positives envers les apprentissages et un plus grand sentiment d’appartenance à l’école. Retrouvez ici notre décryptage de PISA 2025.
L’école, ne peut se contenter d’intervenir sur le seul plan intellectuel en demandant à l’enfant de laisser au portail sa personnalité, ses besoins et ses émotions. Elle doit le prendre dans sa globalité et l’aider à se révéler tel qu’il est.
Le sens premier d’éduquer se retrouve dans educere, « conduire au dehors ». Enseigner montre le monde ; éduquer aide l’élève à y entrer.
Ainsi, transmettre les sciences à une jeune fille ne suffit pas toujours à lui permettre de devenir ingénieure : encore faut-il lui donner la confiance et l’audace pour oser s’y projeter. L’un montre le monde, l’autre y conduit : c’est pourquoi ils sont indissociables. C’est ce qu’incarne la posture du « professeur-éducateur », dont 3 repères la guide au quotidien : l’autorité, la proximité et la confiance.
« Nous attendons donc d’un professeur qu’il ne se demande pas seulement : « Qu’est-ce que cet élève doit apprendre ? », mais aussi : « De quoi a-t-il besoin pour grandir et devenir capable d’apprendre ? » Son rôle ne consiste pas seulement à instruire, mais à accompagner l’enfant, notamment dans sa découverte de l’altérité. »
Clémence, Responsable Formations et Partenariats chez Espérance banlieues et professeur de philosophie dans notre collège d’Asnières.
L’autorité à l’école : faut-il vraiment choisir entre fermeté et bienveillance ?
L’autorité n’a pas besoin de s’appuyer sur un rapport de force. Il s’agit d’abord d’instaurer un cadre clair et stable pour que chacun puisse trouver sa place et apprendre dans de bonnes conditions.
L’erreur serait de confondre autorité et sanction. La sanction intervient précisément lorsque l’autorité de la règle n’a pas suffi. Si un policier vous arrête après que vous avez grillé un feu rouge, ce n’est pas la sanction qui fait l’autorité de la loi : elle vient rappeler une règle qui n’a pas été respectée. À l’école aussi, l’autorité ne se mesure donc pas au nombre de sanctions prononcées, mais d’abord à la capacité de l’adulte à faire reconnaître et respecter un cadre.
Les exemples suivants ne résument pas la posture éducative mais rendent visible la « juste distance », suffisamment proche pour considérer personnellement l’enfant, suffisamment claire pour que chacun garde sa place.
Concrètement, dans nos écoles
Quelques exemples, parmi d’autres pratiques du réseau.
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Chaque matin, le professeur accueille les élèves individuellement à la porte de la classe, leur serre la main et les appelle par leur prénom.
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Elèves et adultes se vouvoient mutuellement pour signifier le respect mutuel
« Pour un professeur, la distinction est essentielle : faire autorité, c’est obtenir qu’un élève se mette au travail, accepte une exigence ou dépasse une difficulté, non parce qu’il a peur de la sanction, mais parce qu’il reconnaît la légitimité de l’adulte qui le guide. L’autorité ne vise donc pas la domination de l’élève, mais sa croissance. Elle est d’abord une relation. » explique Clémence.
La proximité : connaître un élève change la manière de lui enseigner
Le professeur doit pouvoir ménager des moments pour connaître l’enfant dans son univers, s’intéresser à son quotidien, à ses centres d’intérêt et à ses difficultés. Cette proximité nourrit la confiance : l’élève se sent compris, accepte plus facilement l’exigence de l’adulte et entre plus volontiers dans les apprentissages.
Les travaux du psychologue Robert Pianta montrent d’ailleurs que la proximité, la confiance et la sécurité dans la relation avec le professeur sont associées à de meilleurs résultats scolaires et à une meilleure adaptation à l’école, en particulier chez les élèves les plus fragiles.
Il s’agit de « faire avec » les élèves : partager certains temps avec eux permet au professeur de les rencontrer autrement que dans leur seule posture d’élève. Les compétences et les centres d’intérêt de ce dernier sont des ressources sur lesquels l’enseignant peut s’appuyer pour le faire progresser.
Concrètement, dans nos écoles
Quelques exemples, parmi d’autres pratiques du réseau.
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Les professeurs animent régulièrement les récréations en jouant avec les élèves
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Ils déjeunent à leur table une à deux fois par semaine.
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Les enseignants échangent chaque semaine avec les parents, pour évoquer les progrès de l’enfant comme ses difficultés.
« La personnalité d’un jeune est bien plus complexe que son profil scolaire. Nous visons un développement de sa personne dans toutes ses dimensions, et tenons compte de son histoire et de sa famille pour lui permettre de grandir avec confiance. »
Directrice d’école Espérance banlieues
Quel rôle joue la confiance dans la réussite d’un élève ?
Croire qu’un enfant est toujours capable de progresser et qu’il revient à l’adulte de créer les conditions de cette progression c’est le pari de la confiance : l’enfant doit savoir qu’on croit en lui et qu’on espère en lui, quoi qu’il arrive.
Une enseignante de CM2 au Cours Charlemagne, école Espérance banlieues à Argenteuil, après plus de vingt-sept années passées dans différents cadres scolaires, utilise cette formule avec ses élèves : « On est au bon endroit pour se tromper. » Elle travaille le vocabulaire par le théâtre, les mises en situation ou la poésie, et cherche à valoriser les progrès suffisamment tôt pour que l’élève continue à essayer.
Adam, ancien élève de cette même école, en donne une lecture depuis les bancs de la classe. Dyslexique, il raconte avoir longtemps pensé qu’il continuerait à accumuler les erreurs en dictée. Ses résultats ont progressivement évolué jusqu’à obtenir 8/10 à cet exercice au brevet. Aujourd’hui au lycée général, il aimerait faire du stand-up ensuite. « Les professeurs nous prenaient au sérieux. Lorsqu’une difficulté persistait, je pouvais revenir la travailler avec eux, parfois pendant une récréation. »
La confiance se traduit aussi par ce que l’adulte choisit de confier. Donner une responsabilité à un élève, lui permettre de réparer une erreur, lui demander de contribuer à la vie du groupe ou lui laisser une nouvelle chance après un échec lui signifie qu’il est capable de progresser et d’agir.
Chez Espérance banlieues, cette responsabilisation se vit aussi dans le quotidien. Les élèves se voient confier des tâches, des missions ou une part de responsabilité dans le cadre collectif, en fonction de leur maturité.
Concrètement, dans nos écoles
Quelques exemples, parmi d’autres pratiques du réseau.
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Ils apprennent à mettre en place des plans de travail autonomes, qui permettent d’individualiser les apprentissages au sein de la classe.
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Des équipes inter-âges réunissent petits et grands lors de services, de repas ou de temps de jeu.
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Au déjeuner, les élèves ont l’occasion de participer à la vie collective : dresser le couvert, débarrasser ou remettre les lieux en ordre.
« Les professeurs ont toujours su trouver les bons mots pour nous motiver, nous encourager et même nous redonner confiance en nous. Ils ont réussi à me redonner confiance en moi et en mes capacités. »
Jânna a été élève du Cours La Cordée, Espérance banlieues à Roubaix, aujourd’hui étudiante en sociologie. Elle cite une méthode de travail qui lui sert toujours dans ses études et une relation construite avec ses professeurs.

Quelles conditions permettent aux enseignants de tenir dans la durée ?
Cette conception du métier demande du temps, des repères et des échanges entre pairs.
Elle suppose aussi de ne pas laisser l’enseignant seul avec cette responsabilité et de l’organisation qui entoure la classe. C’est l’enjeu de l’accompagnement et de la valorisation des professeurs au sein du réseau Espérance banlieues.
Sur ce terrain, les données de TALIS sont éclairantes. En France, parmi les enseignants ayant rejoint leur établissement au cours des cinq années précédant l’enquête, 56 % ont bénéficié d’un dispositif formel ou informel d’intégration, contre 72 % en moyenne dans l’OCDE. Parmi les enseignants débutants, 17 % disposent d’un mentor attitré, contre 26 % en moyenne dans l’OCDE.
L’accompagnement professionnel gagne à rester proche des situations réelles de classe le rapport Ecolhuma consacré à la formation continue des enseignants met notamment en avant l’observation mutuelle, la co-préparation et l’analyse de pratiques.
Ces temps d’échange permettent aussi de rompre l’isolement quand on est enseignant, en partageant les difficultés rencontrées avec d’autres professionnels.
Professeur – éducateur : une ligne de crête qui se travaille
Enseigner et faire grandir ne devraient pas être deux missions concurrentes. Cet équilibre peut être travaillée par tout professeur, et il devient plus stable lorsque l’école elle-même crée les conditions pour le faire vivre dans la durée et non se concurrencer.
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Pour en savoir plus, contactez Clémence / Responsable Formations et Partenariats chez Espérance banlieues
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