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Cofondatrice du Cours La Cordée à Roubaix, école du réseau Espérance banlieues, Fabienne Charvolin revient sur son parcours, les raisons qui l’ont conduite à s’engager dans l’éducation et la manière dont une école indépendante hors contrat peut contribuer à la réussite des enfants dans les quartiers prioritaires.
« J’avais envie de faire quelque chose pour tous les enfants »
Après une carrière dans la finance et l’éducation de ses quatre enfants, Fabienne Charvolin s’interroge sur les inégalités scolaires.
« Mes enfants ont eu la chance d’être dans une école avec des parents très investis et un environnement culturel riche. Mais cette chance n’est pas partagée par toutes les familles. »
Au fil des années, elle constate que l’école française peine parfois à compenser les écarts sociaux, culturels et éducatifs. Dans une métropole comme Roubaix, où coexistent de fortes disparités sociales, elle souhaite contribuer à une réponse concrète.
« J’avais envie que l’école puisse remettre un peu d’équité dans le système. »
Pourquoi créer une école Espérance banlieues à Roubaix ?
Lorsque Fabienne Charvolin découvre le projet Espérance banlieues, elle y voit la possibilité d’agir localement auprès des enfants qui en ont le plus besoin.
« Je ne m’oppose pas à l’Éducation nationale. Elle fait un travail extrêmement complexe. Mais la diversité des situations appelle parfois des réponses plus souples et plus adaptées aux réalités du terrain. »
Selon elle, la liberté pédagogique dont disposent les écoles hors contrat permet de répondre à des problématiques très spécifiques rencontrées dans certains quartiers.
« Les écoles Espérance banlieues cherchent à apporter une réponse éducative complète à des familles qui ont besoin à la fois d’instruction, d’accompagnement éducatif et d’enracinement culturel. »
Comment est née l’école La Cordée ?
L’aventure démarre avec quelques familles convaincues du projet.
Parmi les premiers élèves, plusieurs enfants rencontraient des difficultés scolaires ou relationnelles dans leur établissement précédent.
« Nous avons commencé avec six ou sept enfants, trois professeurs et un directeur. »
Le pari est alors simple : proposer un cadre exigeant, bienveillant et ambitieux.
Quelques mois plus tard, l’école accueille déjà vingt élèves. Puis quarante l’année suivante.
À la rentrée prochaine, le Cours La Cordée devrait accueillir près de 120 élèves de la maternelle au collège.
Une pédagogie fondée sur l’excellence et l’accompagnement
Les écoles Espérance banlieues s’appuient sur des méthodes pédagogiques reconnues.
Parmi elles :
- la méthode de Singapour pour les mathématiques ;
- la pédagogie Montessori pour les plus jeunes ;
- la grammaire consciente pour favoriser la compréhension du langage.
L’objectif est simple : permettre à chaque enfant de progresser et de révéler ses talents.
Le slogan du Cours La Cordée résume cette ambition :
« Fais briller ton talent. »
Les trois forces du projet éducatif Espérance banlieues
Fabienne Charvolin résume le projet éducatif du réseau autour de trois piliers :
La coéducation
L’école travaille en partenariat étroit avec les familles afin de construire une véritable alliance éducative.
L’instruction
Les savoirs fondamentaux — lire, écrire, compter, raisonner — occupent une place centrale.
L’enracinement
Les élèves apprennent à connaître leur histoire, leur territoire, la culture française et les différentes cultures présentes dans leur environnement.
« Nous voulons aider les enfants à connaître leurs racines tout en développant un sentiment d’appartenance à une communauté plus large. »
Comment prévenir la violence à l’école ?
Pour Fabienne Charvolin, la prévention de la violence passe d’abord par la qualité des relations humaines.
Les écoles Espérance banlieues accueillent des effectifs réduits, avec au maximum quinze élèves par classe.
« Tous les professeurs connaissent tous les élèves et toutes les familles. »
Les récréations sont encadrées et animées. Les conflits sont traités rapidement grâce à la médiation et au dialogue.
Des ateliers de philosophie sont également proposés aux collégiens afin de développer l’écoute, la réflexion et le respect des opinions différentes.
Coéducation : travailler avec les parents plutôt que sans eux
La relation avec les familles constitue un élément central du projet.
Des cafés-parents, ateliers et temps d’échange permettent aux parents de découvrir les pratiques éducatives de l’école et de partager leurs propres expériences.
« L’objectif n’est pas de dire aux parents comment éduquer leurs enfants, mais de réfléchir ensemble à des sujets qui concernent tous les éducateurs. »
Cette démarche de coéducation est aujourd’hui développée dans l’ensemble du réseau Espérance banlieues.
Pourquoi une tenue commune ?
Comme le vouvoiement, les rituels ou le lever des couleurs, la tenue commune est considérée comme un outil éducatif.
« Ce n’est pas une fin en soi. »
Elle vise notamment à :
- renforcer le sentiment d’appartenance ;
- limiter les comparaisons liées aux marques ;
- simplifier le quotidien des familles.
« L’idée est que les enfants se distinguent par leurs qualités, leur travail et leur comportement plutôt que par leurs vêtements. »
Quels résultats pour les élèves ?
Les élèves du Cours La Cordée participent aux évaluations nationales.
Selon Fabienne Charvolin, les résultats observés en français et en mathématiques sont souvent supérieurs à ceux des établissements situés dans des contextes comparables et peuvent dépasser les moyennes nationales.
Le taux de réussite au brevet oscille entre 85 % et 100 %, avec un taux de mention élevé.
Pour elle, ces résultats montrent qu’une école de proximité, fondée sur une alliance forte avec les familles, des effectifs réduits et une exigence académique élevée, peut contribuer à réduire les inégalités scolaires.
« Nous avons des trésors à révéler »
À travers son engagement, Fabienne Charvolin porte une conviction simple :
« Dans nos quartiers, il existe des trésors d’intelligence, de créativité et de talent. Notre responsabilité collective est de permettre à chaque enfant de les révéler. »