PISA 2025
Comprendre l’étude avant de lire ses résultats
Le 8 septembre 2026, l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) a publié les résultats de l’édition 2025 du PISA, le Programme international pour le suivi des acquis des élèves. Plus qu’un simple palmarès, il s’agit de l’un des baromètres les plus commentés de la qualité mais aussi de l’équité des systèmes éducatifs dans le monde.
Avant de se plonger dans les classements et les scores, il est utile de comprendre ce que mesure réellement cette étude, l’intention qui sous-tend sa conception et la richesse de ce qu’elle peut nous apprendre de nos systèmes éducatifs.
Cet article a été rédigé à partir du cadre d’évaluation et d’analyse de PISA 2025, publication de l’OCDE qui expose la théorie sous-tendant l’étude.
Pourquoi s’intéresser à l’enquête PISA ?
L’évaluation ne se limite pas à vérifier si les élèves savent restituer des connaissances par cœur
Lancée en 2000, PISA couvre un périmètre inédit avec une régularité qui permet de suivre les progrès accomplis dans le temps. Pour 2025, l’enquête a été menée dans 91 pays et économies, auprès de 760 000 jeunes de 15 ans. Le choix de cet âge n’est pas anodin. Il correspond, dans la plupart des pays étudiés, à la fin de la scolarité obligatoire, un moment charnière, à l’entrée progressive dans l’âge adulte.
Cette échéance est cohérente avec l’ambition affichée par l’OCDE : « évaluer dans quelle mesure les élèves ont acquis les connaissances et compétences essentielles pour participer pleinement à la vie de nos sociétés modernes ». Concrètement, l’évaluation ne se limite pas à vérifier si les élèves savent restituer des connaissances par cœur. Elle interroge aussi leur capacité à en tirer des conclusions et à les réinvestir dans des situations réelles, à l’école comme en dehors. L’OCDE insiste : « cette approche reflète le fait que les économies modernes récompensent les individus non pas pour ce qu’ils savent, mais pour ce qu’ils peuvent faire avec leurs connaissances. »
Ainsi, PISA occupe une place très particulière dans le débat sur l’éducation : c’est un outil de choix pour les politiques publiques, et un repère pour situer un système éducatif par rapport aux autres, tout en tenant compte des différences de contexte. Partout dans le monde, les décideurs s’appuient sur ses résultats pour comparer les compétences des élèves, établir des points de référence, et comprendre les forces et les faiblesses de leur propre système éducatif.
Qu’évalue réellement l’enquête PISA ?
Une enquête sur la qualité et l’équité des systèmes scolaires dans le monde
PISA a aussi pour objectif de contextualiser et d’interpréter les résultats susceptibles d’éclairer l’action publique et la recherche. Autrement dit, PISA cherche à relier les compétences mesurées à des variables sociales, économiques et scolaires.
Pour construire une photographie aussi riche, l’enquête combine deux outils complémentaires :
1. Des tests cognitifs passés par les élèves principalement sur ordinateur qui mesurent leurs compétences ;
2. Des questionnaires remplis par les élèves et les chefs d’établissement et, de façon facultative, par leurs parents et leurs enseignants. Ils renseignent sur le milieu socio-culturel des élèves, leur parcours scolaire, le climat scolaire et leur sentiment d’appartenance à l’école, leurs expériences en dehors des heures de cours, la qualification et la formation des enseignants ou encore l’implication des parents.
Cette construction de l’enquête reflète une évolution plus large de la façon dont les responsables de l’action publique envisagent les missions de l’école au XXIème siècle. Là où l’enseignement se concentrait avant tout sur des connaissances clairement définies, il valorise aujourd’hui des compétences plus larges (créativité, communication, collaboration, curiosité…) ainsi que le bien-être et les compétences sociales et émotionnelles des élèves, désormais considérés comme des résultats scolaires à part entière.
PISA ne se limite donc pas à un enjeu de niveau scolaire, ni à la seule compétitivité économique qu’un bon classement peut laisser entrevoir. C’est aussi, pour un pays comme la France, un enjeu de justice sociale, et plus largement un enjeu de participation constructive à la vie citoyenne.
L’égalité des chances est d’ailleurs l’un des fils rouges de l’enquête. En croisant les résultats scolaires des élèves avec leur milieu socio-économique, PISA permet de mesurer une question centrale pour l’école française : dans quelle mesure l’origine sociale détermine-t-elle encore la réussite ? Un système éducatif performant, mais qui n’offre pas les mêmes chances à tous les élèves, n’aura pas atteint son objectif. C’est précisément ce que les prochains résultats permettront de vérifier. Nous y reviendrons plus loin, chiffres à l’appui.
Quels étaient les résultats de la dernière édition PISA ?

Quelles sont les compétences évaluées ? Trois domaines traditionnels et un domaine innovant
Depuis sa création en 2000, PISA évalue les élèves dans trois domaines fondamentaux (la compréhension de l’écrit, les mathématiques et les sciences) en alternant, tous les trois ans, celui qui fait l’objet d’une évaluation approfondie. A l’étude de ces trois domaines traditionnels s’ajoute à chaque édition un domaine dit « innovant » : la pensée créative en 2022, apprendre dans un monde numérique en 2025.
Le domaine approfondi :
les sciences
Les sciences sont le domaine approfondi de l’édition 2025, comme en 2006 et 2015. L’OCDE ne se limite pas à vérifier les connaissances disciplinaires des élèves (savoir que la Terre tourne autour du Soleil ou comment fonctionne la circulation sanguine). PISA évalue aussi leurs connaissances épistémiques et procédurales, c’est-à-dire la compréhension de ce qui rend une démarche scientifique légitime : l’importance du consensus pour justifier une affirmation, le rôle de l’évaluation par les pairs dans l’établissement de la confiance, la publication dans des revues à comité de lecture, ou encore la part de risque et d’incertitude inhérente à toute connaissance scientifique.
L’école se doit en effet de donner aux élèves les clés pour prendre des décisions éclairées, à l’échelle personnelle, locale, voire nationale, par exemple sur des sujets liés à la santé ou à l’environnement. L’enjeu est d’autant plus vif à l’heure où la mésinformation et la désinformation progressent. 85 % des adolescents déclarent utiliser Google pour s’informer, les deux tiers YouTube, et environ la moitié Wikipédia et que l’intelligence artificielle occupe désormais une place croissante. Comme le résume le cadre d’évaluation, « la vraie connaissance est un bien commun », tandis que la connaissance erronée ou factice représente « un danger à la fois individuel et collectif ».
C’est ce qui justifie l’exploration, en 2025, d’un concept plus large : celui d’« identité scientifique ». Il ne s’agit plus seulement de savoir, mais de se sentir concerné. Les questionnaires PISA évaluent ainsi la capacité et la confiance nécessaires pour aborder la science d’un œil critique, la disposition à l’utiliser comme un outil de décision parmi d’autres, la prise en compte de valeurs et de points de vue divergents, et l’adoption d’une position réfléchie qui valorise les preuves scientifiques.
Le domaine innovant :
apprendre dans un monde numérique
L’OCDE rappelle qu’au-delà des savoirs disciplinaires, chaque système éducatif a pour mission d’apprendre aux élèves à apprendre pour qu’ils puissent continuer à se développer, personnellement et professionnellement, une fois quittés les bancs de l’école. PISA interroge donc aussi la motivation à apprendre et les stratégies d’apprentissage des élèves, pas seulement leurs résultats.
C’est précisément ce que les technologies numériques bouleversent. Elles donnent accès à des ressources quasi illimitées, à des outils pour organiser et analyser l’information, et à de nouvelles possibilités de collaborer. De nombreux pays ont investi massivement dans ces technologies, un mouvement accéléré par la pandémie de Covid-19. Dans ce contexte, l’enquête 2025 pose la question suivante : les élèves ont-ils parallèlement développé les compétences nécessaires pour apprendre de manière plus autonome avec la technologie ?
Car cette autonomie ne va pas de soi. Face à des contenus abondants, pas toujours structurés, et à portée de clic, l’élève doit apprendre à se guider lui-même : repérer ce qu’il ne maîtrise pas encore, corriger ses erreurs, changer de méthode quand il est bloqué, prendre en compte les retours qu’il peut obtenir, sans se laisser distraire en route. C’est ce que le cadre PISA appelle l’apprentissage autorégulé : la capacité à observer sa propre façon d’apprendre, à adapter sa stratégie si besoin, à rester motivé et impliqué dans la durée.
L’apprentissage autorégulé repose sur plusieurs facteurs identifiés par la recherche qui seront donc évalués chez les élèves au travers des tests et des questionnaires : l’intérêt porté à la tâche, la confiance en sa capacité à progresser, l’envie d’apprendre pour soi plutôt que par obligation ou encore la persévérance face aux difficultés.
L'école, un lieu où se construit l’espoir
Que faut-il transmettre ? Que faut-il apprendre ? Que veut-on, au fond, pour les jeunes d’aujourd’hui ?
Pour l’OCDE, comme cela est rappelé dans le cadre d’évaluation PISA 2025, les systèmes éducatifs ont pour rôle de préparer les jeunes générations à agir, individuellement et collectivement, face aux défis de leur temps.
Pour ce faire, ils doivent être en mesure de faire grandir et de cultiver chez les élèves la pensée systémique, le sentiment d’efficacité collective, la conscience de son propre pouvoir d’agir ou encore l’espoir, c’est-à-dire « le sentiment qu’il existe un chemin vers un avenir possible qui vaut la peine d’être atteint ».
Le rapport publié le 8 septembre donnera une multitude d’indicateurs pour dresser un état des lieux et, à partir de là, orienter la suite.
Chez Espérance banlieues, nous attendons donc avec impatience le détail des résultats, pour en tirer des enseignements, continuer à faire évoluer nos pratiques à la lumière de la recherche, et privilégier ce qui fait réellement la différence, en particulier pour les élèves les moins favorisés. Une publication qui, nous l’espérons, viendra nourrir un engagement collectif pour l’éducation en France.
« En cette période d’incertitude, les jeunes ont besoin d’espoir, pour travailler individuellement, avec les autres et d’une génération à l’autre en faveur d’un développement durable. »