Ils sont partis de presque rien. Pour certains, pas même d’un vélo.
Et pourtant, quelques mois plus tard, ils traversent l’Europe.
À Roubaix, une quarantaine de jeunes de 11 à 15 ans ont relevé un défi que peu d’adultes oseraient tenter : parcourir 300 kilomètres à vélo en trois jours, à travers quatre pays.
D’un canal découvert par hasard à un documentaire sélectionné dans un festival national, jusqu’à une projection prévue au Parlement européen… quel chemin parcouru !
Une aventure née dans une cour d’école
« Dans le quartier de l’Épeule, je me retrouve souvent à faire des projets un petit peu fous, en plus des cours, pour faire bouger mes élèves », raconte Julien, professeur au Cours La Cordée et ancien cadre supérieur.
À l’origine, une intuition simple : le vélo comme levier de liberté.
Savoir rouler, réparer, s’orienter, partir plus loin… autant de compétences qui permettent d’élargir progressivement son horizon, physiquement comme symboliquement.
Les premières sorties sont modestes. À cinq minutes de l’école, il y a un canal. Et déjà une surprise :
« Je ne savais pas que c’était aussi beau ici ! » s’exclame l’un des élèves.
Très vite, les ambitions grandissent. Une année, Compiègne-Roubaix. L’année suivante, la Côte d’Opale.
Puis vient ce projet hors norme : partir d’Aix-la-Chapelle, en Allemagne, et rejoindre Roubaix en moins de 50 heures. La Voix du Nord en fait un article et France 3 Nord Pas-de-Calais un reportage !
Un défi collectif, inclusif et exigeant
Près de quarante jeunes participent à l’aventure, dont trois en situation de handicap.
Tous ne sont pas élèves du Cours La Cordée, mais chacun a un lien avec l’école. Certains ont été invités directement par les élèves eux-mêmes.
Le groupe avance ensemble. Avec quatre tandems, dont plusieurs adaptés.
Pendant près de 50 heures, ils pédalent, se relaient, s’encouragent.
Et refusent d’abandonner.
Même à l’entraînement, la détermination est là. Un jour de mauvais temps, l’enseignant évoque l’idée d’annuler la séance. Réponse immédiate des élèves :
« S’il pleut ou s’il fait froid le jour du projet, on ne pourra pas annuler. »
À ce moment-là, quelque chose change.
Ce n’est plus seulement un projet qui leur est proposé, c’est devenu leur projet.
De cette aventure est né un film
Réalisé par Massimo Vercaigne, le documentaire La Cordée, du quartier à l’Europe nous plonge au cœur de cette aventure.
Le film ne cherche pas tant à montrer une performance sportive qu’une expérience collective.
Les élèves ont d’ailleurs été pleinement associés à sa création : réflexion autour du scénario, échanges sur l’image de soi, compréhension de ce que signifie “se montrer” et accepter le regard des autres, positif comme critique.
Au fil des séquences, des progrès très concrets sont rendus visibles :
- le dépassement de soi, avec des élèves qui passent de débutants à passionnés avec plusieurs centaines de kilomètres parcourus ;
- le dépassement des différences, avec l’intégration de jeunes en situation de handicap au cœur du collectif ;
- le dépassement des difficultés, grâce à une solidarité réelle face aux contraintes du parcours ;
- le dépassement du cadre habituel, en ouvrant les élèves à des horizons qu’ils n’auraient parfois jamais imaginés.
Autant d’expériences et de compétences qui comptent durablement dans leur parcours.
Une reconnaissance inattendue…
Un pari audacieux. Mais l’histoire de ces adolescents a convaincu le jury.
Le documentaire de 40 minutes a été sélectionné au festival Tous en Selle, premier festival de films 100 % vélo, présent dans une vingtaine de villes en France et en Belgique : Paris, Lille, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Bruxelles ou encore Annecy.
Le film sera projeté début juin 2026.
Cap sur le Parlement européen
L’histoire ne s’arrête pas là.
Lors d’une rencontre avec un député européen, les élèves présentent leur projet. L’intérêt est immédiat.
Résultat : une projection officielle du documentaire est prévue en septembre au Parlement européen, à Bruxelles.
S’en suivra un échange avec les élèves devant des parlementaires et des équipes institutionnelles.
L’occasion pour eux de raconter leur parcours, leur école, leur quartier et ce qu’ils ont vécu ensemble.
Changer le regard sur les jeunes de quartier
C’est sans doute l’un des enjeux les plus importants du projet.
Pour Julien, « Si on arrive à faire évoluer les regards, c’est déjà gagné. »
Montrer que ces jeunes :
- sont capables ;
- sont engagés ;
- peuvent mener des projets ambitieux ;
- et réussir collectivement.
Ce film montre ce qui devient possible lorsqu’un cadre exigeant, de la confiance et un accompagnement durable sont mis en place.
Un impact qui dépasse le vélo
Les effets du projet restent visibles bien après l’arrivée.
En classe, lorsqu’un élève affirme qu’une chose est “impossible”, les enseignants peuvent désormais lui rappeler :
« Tu te souviens de ce que tu as réussi à faire ? »
L’expérience devient un repère intérieur.
Et maintenant ?
Cette année, le projet évolue, mais l’aventure continue.
Moins spectaculaire peut-être, mais tout aussi formateur :
- un raid aventure mêlant marche, canoë et vélo ;
- une réflexion autour d’un bivouac sous tente ;
- et le lancement d’un projet entrepreneurial autour du réemploi de matériel sportif avec la Ressourcerie Resport
Les élèves vont récupérer, réparer puis revendre des équipements, avec un objectif concret de réutilisation.
Rien de tout cela n’aurait été possible sans le soutien des partenaires engagés aux côtés du projet : Cofidis, la Ville de Roubaix, E.Leclerc et Chronodrive.
