Plus de 150 participants se sont réunis ce lundi au Palais du Luxembourg, dans une salle Médicis comble, à l’occasion du 4ᵉ colloque national d’Espérance banlieues. Parrainé par le sénateur des Pyrénées-Atlantiques Max Brisson et animé par Carole Tolila, l’événement a rassemblé élus, chefs d’entreprise, responsables éducatifs et acteurs associatifs autour d’un enjeu majeur : comment faire réussir chaque élève, quel que soit son code postal ?

Cette édition 2026 a mis en lumière une conviction partagée : la réussite scolaire ne dépend ni d’un code postal ni d’un dispositif isolé, mais d’une coopération concrète entre école, famille et territoire.

Une école plus autonome et plus forte là où les défis sont les plus grands

En ouverture des échanges, le sénateur Max Brisson a défendu une vision ambitieuse de l’institution scolaire : renforcer l’école là où les situations sont les plus difficiles, en donnant davantage d’autonomie et de responsabilité locale aux établissements :

« La réussite éducative repose sur une alliance entre d’une part l’institution scolaire, qui doit être juste et exigeante, et d’autre part l’élève et sa famille, qui doivent s’engager pleinement dans le cheminement de l’enfant. C’est exactement ce que vous faites à Espérance banlieues. »

Selon lui, les initiatives portées par Espérance banlieues illustrent la vitalité du terrain et dessinent des pistes concrètes pour l’évolution du système éducatif français. L’innovation éducative, lorsqu’elle s’appuie sur les réalités locales, peut devenir un bénéfique pour l’ensemble de l’institution.

L’école ne peut plus réussir seule : construisons ensemble un écosystème éducatif local

Lors d’une table ronde réunissant Laïla Sajide, Guillaume Paoli et Bernard Toulemonde, les intervenants ont élargi la réflexion au-delà de la salle de classe.

Ancien directeur à l’administration centrale de l’Éducation nationale, Bernard Toulemonde a souligné :

« Le modèle Espérance banlieues a réussi à créer cette alliance qui fait aujourd’hui souvent défaut dans l’Éducation nationale. »

Le trio famille-école-territoire a été présenté comme un socle indispensable pour répondre aux défis éducatifs dans les quartiers populaires. Les solutions existent déjà sur le terrain : elles nécessitent une ouverture accrue de l’école à son environnement et une coopération renforcée avec les acteurs locaux.

Quartiers populaires : un moteur économique pour la France

Aziz Senni, fondateur du Forum Économique des Banlieues, a rappelé un chiffre clé, les quartiers populaires regroupent 250 000 TPE-PME générant 75 milliards d’euros de chiffre d’affaires :

« Quand la banlieue réussit, la France réussit ! »

Investir dans la formation, l’accompagnement et les passerelles vers l’emploi constitue un levier de croissance nationale. L’éducation apparaît ainsi comme un pilier stratégique du développement économique et social.

Intelligence artificielle et apprentissages : une opportunité pour personnaliser l’enseignement

La question du numérique éducatif et de l’intelligence artificielle a également occupé une place centrale dans les échanges.

Laurent Jolie, cofondateur de Lalilo, a présenté les apports de l’IA dans la personnalisation des apprentissages et le développement de l’esprit critique des élèves.

La ressource numérique Expliq, actuellement déployée au Cours Eric Tabarly, école Espérance banlieues de Toulon, illustre cette volonté de préparer élèves et enseignants à un usage éclairé et responsable du numérique. L’IA apparaît ainsi non comme une menace, mais comme un outil structurant de l’éducation de demain.

Climat scolaire : restaurer le cadre pour favoriser la réussite

Le climat scolaire a constitué un autre axe fort du colloque. Lorsque les tensions s’installent et que le harcèlement se banalise, l’attention se dégrade et le décrochage progresse.

Marie Quartier, directrice générale du Centre ReSIS (association de lutte contre les souffrances scolaires), a insisté sur la nécessité d’agir précocement et d’adopter une tolérance zéro face aux brimades entre élèves.

Dans leurs réseaux respectifs, Vanessa Lafarge (Cours Charlemagne, école Espérance banlieues d’Argenteuil) et Cédric Page, PDG des écoles iféa (Institut Français d’Éducation pour l’Avenir), ont témoigné de l’importance de faire de l’école une véritable communauté éducative, redonnant repères, cadre et fierté aux élèves.

« Refaire école » : vers un nouveau contrat entre la nation et l’école

La compagnie de théâtre d’improvisation Quiproquos, a su avec pédagogie et humour faire la synthèse de l’après-midi.

En conclusion, Éric Mestrallet, fondateur d’Espérance banlieues, a remercié l’ensemble des acteurs engagés au quotidien pour permettre à chaque élève de pouvoir dire :

« Moi aussi, je peux. »

Il a annoncé la parution de son ouvrage Refaire école, publié aux éditions Hermann, le 18 février 2026. Ce livre revient sur plus de dix années d’expérimentation éducative dans les quartiers prioritaires et propose des pistes concrètes pour refonder l’institution scolaire et établir un nouveau contrat entre la nation et l’école.

« L’école ne peut réussir seule : quand enseignants, familles, entrepreneurs et élus agissent ensemble, la réussite cesse d’être une exception et devient un projet commun. »

À l’heure où les défis éducatifs, sociaux et économiques se croisent, la coopération territoriale apparaît plus que jamais comme la clé d’une réussite durable pour tous les élèves.