Un métier engagé, fragilisé par les conditions d’exercice
Être enseignant, c’est d’abord faire le choix d’un métier d’engagement, fondé sur la transmission, la relation humaine et la volonté de faire grandir chaque enfant. Beaucoup entrent dans cette profession avec une forte motivation et un profond sens de la responsabilité éducative.
Pourtant, malgré cette volonté d’accompagner et de transmettre, les conditions d’exercice du métier se sont complexifiées. Perte de repères, empilement des injonctions, bureaucratisation croissante : autant de facteurs qui peuvent progressivement éloigner les enseignants de ce qui fait le cœur de leur vocation.
Dans son livre, Éric Mestrallet montre qu’il n’y a aucune fatalité au déclassement scolaire, à condition de replacer le professeur et l’enfant au cœur du projet éducatif. Des solutions concrètes, issues de plus de quinze ans d’expérience de terrain au sein du réseau Espérance banlieues (16 écoles implantées dans des quartiers prioritaires).
Une vocation essentielle, mais insuffisamment reconnue
L’école s’est historiquement construite autour de la transmission des savoirs, parfois au détriment de la prise en compte globale de l’enfant.
« Être enseignant correspond à une vocation. Ce n’est pas donné à tout le monde. C’est sans doute le plus beau métier du monde. »
Pour Éric Mestrallet, le premier facteur de découragement est sans ambiguïté : le manque de reconnaissance.
Reconnaissance du rôle central du professeur dans la société, reconnaissance de la complexité du métier, reconnaissance du travail invisible accompli chaque jour auprès des élèves.
L’enseignant n’est pas un simple rouage du système scolaire. Il est, selon ses mots, un passeur, capable de faire émerger chez l’enfant :
- une intelligence,
- une personnalité,
- et une identité.
« Nous devons replacer le professeur au centre de notre perspective, non comme rouage d’un système, mais comme passeur de savoirs et formateur d’esprits libres. »
Sortir de la solitude professionnelle
Au-delà de la reconnaissance symbolique, de nombreux enseignants souffrent aujourd’hui d’un sentiment d’isolement face aux difficultés rencontrées en classe.
« Quand un professeur rencontre une difficulté, liée à un élève ou à lui-même, il doit pouvoir être aidé et accompagné, et non fustigé. »
Pour Éric Mestrallet, la réponse passe par une organisation collective du travail éducatif :
- des équipes pédagogiques soudées,
- des établissements à taille humaine,
- et une communauté éducative où chacun se connaît et coopère.
L’école à taille humaine : un levier clé pour les enseignants
L’expérience des écoles Espérance banlieues montre combien la taille des établissements influence le vécu professionnel des enseignants.
« Une école à taille humaine, où aucun élève ne disparaît dans la masse, où chaque visage est connu, chaque progrès suivi. »
Limiter les effectifs permet :
- un meilleur suivi des élèves,
- un climat scolaire plus apaisé,
- et une relation éducative plus stable et plus humaine.
Cette organisation redonne aux enseignants du sens, de la lisibilité et de la maîtrise sur leur action quotidienne.
Redonner de la liberté et de la confiance aux professeurs
La perte de sens est aussi liée à une inflation de prescriptions descendantes, parfois déconnectées du terrain.
« Enseigner, ce n’est pas appliquer mécaniquement des consignes. C’est s’adresser à des enfants concrets, avec leurs fragilités et leurs forces. »
Éric Mestrallet plaide pour :
- une autonomie réelle des équipes,
- des objectifs clairs et contractuels,
- une responsabilité partagée, adossée à une évaluation juste.
La confiance accordée aux enseignants devient alors un moteur d’engagement, et non une source de pression supplémentaire. être.
Repenser les parcours et la carrière enseignante
Autre enjeu majeur : la manière dont la carrière des enseignants est pensée.
« On demande souvent à des jeunes d’entrer dans l’enseignement comme on entrerait en religion, pour toute une vie. »
Pourquoi ne pas :
- faciliter les allers-retours entre l’éducation et d’autres mondes professionnels,
- valoriser les expériences antérieures,
- reconnaître les compétences acquises hors de l’école ?
Ces pistes contribueraient à rendre le métier plus attractif, plus vivant et plus durable.
Former et soutenir les enseignants face à ces enjeux
Les enseignants sont souvent en première ligne face aux fragilités psychiques des élèves, sans y avoir été suffisamment préparés.
« On ne peut pas demander aux professeurs de porter seuls ces enjeux. Ils doivent être formés, soutenus et entourés. »
La santé mentale des élèves est indissociable de celle des équipes éducatives. Un climat scolaire apaisé bénéficie à tous : élèves, enseignants et familles.
Miser sur les fondations : les meilleurs enseignants pour les plus jeunes ?
Enfin, Éric Mestrallet pose une question volontairement provocante :
« Pourquoi les professeurs les plus expérimentés sont-ils souvent affectés aux plus grands, alors que les fondations des apprentissages se jouent dès les premières années ? »
Les sciences cognitives confirment aujourd’hui que beaucoup se joue dès le plus jeune âge. Investir davantage dans les premières années scolaires, avec des enseignants hautement qualifiés, pourrait transformer durablement les trajectoires éducatives.
Pour aller plus loin
Ces réflexions sont développées par Éric Mestrallet dans son ouvrage
Refaire École : La République et l’excellence pour les jeunes des quartiers populaires.
S’appuyant sur plus de quinze ans d’expérience de terrain au sein du réseau Espérance banlieues, ce livre plaide pour une école qui place l’enfant, dans toutes ses dimensions, au cœur du projet éducatif à travers des propositions concrètes. Bon nombre de ces initiatives ont déjà fait leur preuve au sein d’Espérance banlieues. D’autres, toujours dictées par le souci des enfants et de leur avenir, dépassent le cadre actuel de notre action et ouvrent des perspectives nouvelles pour le système éducatif.
Le livre est déjà disponible en précommande :

