Apprendre suppose d’abord d’aller bien 

Fatigue chronique, anxiété, stress, troubles de l’attention, isolement… Les signaux de fragilité psychique chez les enfants et les adolescents se multiplient. Pourtant, pendant longtemps, la santé mentale est restée un impensé de l’école française

Pour Éric Mestrallet, fondateur délégué d’Espérance banlieues, le constat est sans appel : 

« Un enfant qui ne va pas bien ne peut pas apprendre. » 

La santé mentale n’est ni un sujet périphérique ni un enjeu secondaire : elle conditionne directement l’accès aux apprentissages et la réussite scolaire

Un angle mort de l’institution scolaire 

L’école s’est historiquement construite autour de la transmission des savoirs, parfois au détriment de la prise en compte globale de l’enfant. 

« La santé des élèves est longtemps restée un angle mort de l’institution scolaire, alors même que les signaux d’alerte se multiplient. »

Dans les quartiers populaires en particulier, les fragilités sont bien souvent accentuées par : 

  • une exposition excessive aux écrans, 
  • des situations familiales qui peuvent être instables, 
  • un stress lié à l’environnement social,
  • des rythmes de vie parfois déséquilibrés.

Ignorer ces réalités revient à demander aux élèves d’apprendre sans leur donner les conditions minimales pour le faire

Penser l’éducation avec l’élève au centre 

Pour Éric Mestrallet, l’un des changements majeurs à opérer consiste à adopter une vision globale de l’éducation. 

« Remettre l’élève au centre, c’est reconnaître que les apprentissages ne peuvent être séparés de la santé globale de l’enfant. » 

Cela implique de penser ensemble : 

  • apprentissages scolaires, 
  • santé physique et mentale, 
  • bien-être, 
  • cadre éducatif, 
  • sécurité affective. 

« Un élève fatigué, anxieux, voire mal nourri n’apprendra pas dans de bonnes conditions. » 

Loin d’éloigner l’école de sa mission, cette approche permet au contraire de la rendre plus efficace et plus juste

Le rôle central du cadre et des repères 

Contrairement à certaines idées reçues, prendre soin de la santé mentale des élèves ne passe pas d’abord par des dispositifs complexes, mais par un cadre clair, stable et sécurisant

« Le cadre, les rituels et la stabilité sont des leviers puissants de prévention. » 

Dans les écoles Espérance banlieues, ce cadre structurant repose notamment sur : 

  • des rituels quotidiens, 
  • des règles explicites et partagées, 
  • des symboles fédérateurs, 
  • une présence adulte constante et engagée. 

« L’enfant entre dans une communauté éducative avec ses règles et ses rituels, qui lui permettent de se repérer et de s’apaiser. » 

Ce climat de confiance réduit fortement les comportements anxieux ou agressifs, souvent perçus à tort comme de simples problèmes disciplinaires. 

Des comportements à comprendre avant de sanctionner 

Pour Éric Mestrallet, de nombreux troubles du comportement sont avant tout des réactions à un environnement instable ou insécurisant.  

« Est-ce que ces comportements ne sont pas la réaction à quelque chose qui a mal été fait ? Est-ce que l’enfant n’est pas, au fond, une victime de ce qui ne fonctionne pas ? »

Cela ne signifie pas nier la responsabilité individuelle, mais reconnaître la responsabilité collective du monde adulte dans la construction d’un cadre éducatif protecteur. 

Lorsque l’enfant se sent :  

  • reconnu,
  • aimé
  • accompagné, 

les comportements délétères perdent une grande partie de leur raison d’être. 

Une communauté éducative pour soutenir la santé mentale 

La santé mentale des élèves ne peut reposer sur les épaules des enseignants seuls. Elle suppose une meilleure coordination entre : 

  • l’équipe pédagogique, 
  • les familles, 
  • les acteurs éducatifs, sociaux et sanitaires.

« Le lien avec les familles, jusqu’à devenir une alliance, est essentiel à la bonne marche de l’école. » 

Dans une communauté éducative à taille humaine, chacun joue son rôle, et l’enfant évolue dans un environnement cohérent et sécurisant. 

Former et soutenir les enseignants face à ces enjeux 

Les enseignants sont souvent en première ligne face aux fragilités psychiques des élèves, sans y avoir été suffisamment préparés.

« On ne peut pas demander aux professeurs de porter seuls ces enjeux. Ils doivent être formés, soutenus et entourés. » 

La santé mentale des élèves est indissociable de celle des équipes éducatives. Un climat scolaire apaisé bénéficie à tous : élèves, enseignants et familles. 

Pour aller plus loin 

Ces réflexions sont développées par Éric Mestrallet dans son ouvrage 

Refaire École : La République et l’excellence pour les jeunes des quartiers populaires

S’appuyant sur plus de quinze ans d’expérience de terrain au sein du réseau Espérance banlieues, ce livre plaide pour une école qui place l’enfant, dans toutes ses dimensions, au cœur du projet éducatif à travers des propositions concrètes​. Bon nombre de ces initiatives ont déjà fait leur preuve au sein d’Espérance banlieues. D’autres, toujours dictées par le souci des enfants et de leur avenir, dépassent le cadre actuel de notre action et ouvrent des perspectives nouvelles pour le système éducatif.

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